En chantier

L’edito de la future création multimédia "Cotonou en musique"

Au début résonne une musique, « La Musica En Vérité » de Gnonnas Pedro, étoile du son afro-cubain béninois animé d’une poésie qui frappa l’esprit du dj parisien que je suis. « Je ferais en sorte de démontrer que la musique nourrit le monde » déclame ce chanteur révélé au monde sur le tard avec le projet Africando. L’expérience musicale et le point de vue de musicien qu’il exprime dans ce texte au titre merveilleux me toucha profondément. Depuis ma place, à Paris et bien des années après la composition et l’enregistrement de ce titre, la complicité qu’éveilla cette chanson entre Gnonnas Pedro et moi ne me quitta plus, les paroles de la « Musica en Vérité » acquérant valeur de manifeste.

Avec cette chanson, Gnonnas Pedro parle pour moi. Par là, je ne prétends pas qu’il parle à ma destination, en tout cas, pas seulement. Non, il parle à ma place, surtout. Par la suite, je développais une sensibilité pour la culture musicale béninoise, caractéristique d’une modernité culturelle à laquelle je souhaitais me confronter, dans le présent et à l’échelle de la capitale économique du pays.

De février à avril 2013, j’ai ainsi séjourné à Cotonou, métropole ouest-africaine baignée par le Golfe de Guinée. Sur place, à l’arrière des zems, les moto-taxis locales, ou à pied, j’ai sillonné la ville pour chercher la musique, la localiser, la percevoir géographiquement au sein de la métropole cotonoise. J’ai rencontré des musicien(-ne)s, des djs, des chanteur(-euse)s, des programmateurs, des présentateurs radio, qui m’ont accordé très généreusement leur temps, participé à des répétitions, des concerts et soirées, des émissions radios et observé, plus globalement, les différentes scènes actuelles - hip hop, afrobeat, afro-cubain, dance/pop music… - pour prendre le pouls des dynamiques et tendances fortes caractérisant le fait musical à l’échelle de cette métropole d’Afrique de l’Ouest.

Au total, mon but était de saisir des formes et signes d’une modernité musicale présente ou en devenir, de sentir, depuis ma place de dj et musicien français, ce que Cotonou en musique inspire de cette modernité.

Pour mener cette démarche, j’ai choisi de mobiliser trois outils et supports : le son, l’image et le texte. J’ai ainsi accumulé prises de sons, photographies et notes afin de constituer un matériau visant à rendre compte et problématiser l’essence de mon travail, de ma réflexion, de ma préoccupation.

Cette préoccupation est celle de l’hybridité, reposant sur l’idée d’identités culturelles en constante construction et renouvellement.

A partir d’une création multimédia et audiovisuelle, mon travail proposera donc de souligner les espaces et moments où s’inscrit et s’articule l’hybridité de la culture, à leur conférer une matérialité ou à en révéler la poétique et la symbolique.

Finalement, il ne s’agit pas tant de regarder, d’entendre ou de lire la ville, des expressions musicales ou des processus sociaux et culturels, mais plutôt de révéler, par le médium artistique, ce qui se trouve à leurs frontières, cet « endroit où quelque chose commence à être » pour reprendre les mots de Homi K. Bhabha.

Pour suivre le projet : http://musiqueaupoing.tumblr.com/

Extraits musicaux et sonores :